La sphère politico-médiatique continue de tourner sur elle-même comme si le FN n’était qu’un mauvais cauchemar.
Le FN incarne l’alternative, et la seule, dans un moment d’affaiblissement historique de la démocratie française et du clivage gauche-droite. Il est l’expression d’une rupture profonde, fondé sur l’alternance gauche/droite, soutenu par les grands médias d’opinion comme par la haute fonction publique.
Le FN incarne une véritable contre-société, d’un pays qui doute profondément de son modèle économique et social comme de sa vie politique, et ce bien au-delà de l’électorat du FN.
Là est le danger: un FN qui fait écho à une déception et à une désorientation politiques qui vont bien au-delà des électeurs du FN, lesquelles s’expriment pour le moment à travers l’abstention.
La fin des duels UMP/PS
Le changement profond que portent les élections départementales, c’est en effet le grand nombre de duels de second tour où le FN sera présent:
Cette fois, compte tenu de la masse de duels avec le FN, il en gagnera un certain nombre, brisant ainsi la règle selon laquelle il était un parti de premier tour, qui ne parvenait à gagner qu’exceptionnellement au second tour, et en triangulaire. La fusion, totale ou partielle selon les régions, des électorats UMP et FN au second tour le permettra.
Quant aux élections régionales, prévues à la fin de l’année, ce scrutin de listes à deux tours facilitera encore plus sa présence au second tour
Un affaiblissement de notre démocratie
Certes il peut se passer beaucoup de choses d’ici aux régionales –reprise économique, accalmie de la progression du chômage, sursaut à gauche et à droite après les départementales, et peut être dès le second tour des départementales
Les Français jugent que les responsables politiques ne se préoccupent pas des gens comme eux. Les Français jugent que la démocratie fonctionne mal en France.
Les Français jugent que les hommes politiques sont plutôt corrompus et que c’est une mauvaise chose que la politique soit un métier, parce que selon eux les élus pensent d’abord à leurs carrières.
On me dira que ces attitudes ne sont pas tout à fait nouvelles. Oui, mais elles se traduisent de plus en plus en comportements dans les urnes
Une nette majorité de nos compatriotes n’a plus confiance dans notre système politique. Cela signifie que la compétition, les discours, la répartition des rôles et des fonctions entre partis et leaders de gauche et de droite suscitent la défiance chez une majorité d’entre eux.
Défiance? Le sentiment d’avoir été floué, ou la menace de l’être à nouveau ?
Le FN, ne suscite pas non plus une confiance majoritaire?
Oui, mais il bénéficie du doute, «les seuls qu’on n’a pas essayé». C’est-à-dire une alternative.
Aujourd’hui le FN se nourrit d’ une accentuation des tensions identitaires en France, d’une crise qui a entrainé en France une augmentation massive des prélèvements sur quatre ans, donc une baisse du pouvoir d’achat –aussi sensible, sinon plus, que l’augmentation du chômage et de sa menace.
Une bonne partie de l’électorat, surtout la plus touchée par cette dégradation, a été amenée à juger que l’assistanat, avec la gabegie et les «privilèges» des politiques, était responsable des dettes de notre pays, et donc des impôts qu’il a fallu payer.
Qui dit assistanat, dit aujourd’hui jeunesse française d’origine immigrée, désignait comme délinquante à l’origine du mal être perçu par une classe de la population. L’accentuation de la visibilité religieuse de l’islam, depuis quelques années, a constitué l’autre étincelle du FN qui s’est imposée en dénonçant «les prières dans la rue», en 2011
Baisse bien réelle du niveau de vie et crainte d’une remise en cause des modes de vie: dans cet enchainement, «vécus» et «sentiments d’insécurité» produisent un imaginaire du dérèglement, où insécurités économique et culturelle s’entretiennent.
Que faire?
Face à ce danger qui grandit dans un climat de résignation voire d’acceptation implicite,
que faire ?
La reprise économique qui se dessine mettra du temps à produire des effets sensibles pour les électeurs, hormis ceux qui sont déjà bien intégrés économiquement, mais ce ne sont justement pas eux qui votent FN : la période Jospin, avec trois ans d’une croissance bien plus forte que celle annoncée aujourd’hui, l’a montré. Les baisses d’impôts prévues en septembre prochain seront elles assez perceptibles? Si l’année 2015 apporte bien un «mieux» économique, il sera perçu par beaucoup de Français comme une pause fragile, pas souvent comme une amélioration notable et durable.
Vive l'Europe
Le seul sujet où le FN est nettement minoritaire dans l’électorat, et qui divise d’ailleurs le sien, est la sortie de l’euro: 75% des Français y sont opposés, selon un sondage Sofres/Le Monde.
Non par enthousiasme pour l’euro, mais par crainte d’un chaos économique et financier supplémentaire. Crainte, sinon peur, d’un écroulement économique pour les possédants et d’une remise en cause de droits sociaux pour la population socialement la plus en difficulté: là réside sans doute un ressort non factice pour enrayer à court terme la progression du FN.
Une «grande coalition» à la française permettrait de mener enfin les «réformes»
La renaissance d’un clivage économique et social entre gauche et droite, compréhensible pour les électeurs, et une refondation républicaine, seraient plus à même de contrecarrer les logiques profondes qui favorisent le FN.
Le temps presse
lebonsens CJ