J’ai cinquante ans, un job, des enfants ,deux garçons et deux filles, le choix du roi !!! et nous sommes mariés depuis vingt ans.
Elle (par respect et discétion je parlerai d'ELLE), jeune femme pleine de vie la cinquantaine elle a eue un cancer du sein diagnostiqué il y a deux ans.
Le diagnostic :
Je me souviens de ce coup de téléphone au bureau. C’était le 16 Mai 2008 en fin de matinée. Je venais d’apprendre la confirmation de mon nouveau job j’étais content et j’allais le lui annoncer.
Tu parles !!! Sans sommation c’est elle qui m’annonce ce qu’elle vient d’apprendre au sortir de la mammographie.
Verdict : CANCER
Même comme cela en l’entendant, je n’arrive pas à mettre une maladie sur le mot, d’autant que le matin même en la quittant elle était resplendissante comme d’habitude.
Elle souhaite que je l’accompagne chez l’oncologue. Je me souviens de cette drôle d’ambiance dans la salle d’attente. Essentiellement composée de femmes, elles lisent des magasines, font elles semblant ?? Chacune dévisage sa voisine je me sens mal à l’aise.
Le médecin nous fait rentrer et là patiemment elle nous explique qu’il faut recourir à l’ablation. Techniquement irréprochable nous écoutons abasourdis se discours .Les mots se bousculent dans ma tête, la décision est prise l’opération aura lieu rapidement car il y a urgence.
Au retour je dois faire bonne figure montrer mon optimisme servir de béquille. Et puis il a fallu le dire aux enfants. Avant l’opération nous n’avons pas dit la vérité pour préserver l’ainé qui passait son bac, c’est seulement avant sa sortie que nous leur avons appris et c’est à ce moment là que j’ai pris conscience de cette image terrible du cancer.
Pour la première fois de ma vie j’ai pensé que je devrais peut être continué seul le chemin, cette pensée à peine parue et le rire de mes filles, le courage admirable de ma chérie je me suis juré que NON la maladie ne l’emporterai pas.
Le traitement :
Étant en déplacement pour mon nouveau job je ne l’ai pas accompagnée pour les chimios et peut être était ce mieux ainsi. La famille c’est installée dans l’action, petit à petit un semblant de vie à repris son cours .
Nous ne savions pas que nous étions partis pour une course de fond.
Pendant cette période de quelques mois nous sommes rentrés dans une sorte de rythme particulier, scandé par les séances de chimio puis de radio thérapie. Heureusement les proches se sont mobilisés pour nous aider dans les taches ménagères et tout en ayant l’impression d’être proche et de partager avec elle je me suis mis à vivre seul.
On se parle mais elle ne fixe pas tout et pour des raisons médicales il n’est bien sûr plus question de vie sociale et culturelle. Sa vie, notre vie est entre parenthèse !!!
Les autres :
Un jour une personne dont je terrais le nom a balayé le sujet d’un revers de main : « ... ca va aller, pas de problème.. » Je me suis énervé, je lui ai dit que personne ne se rendait compte et qu’elle ne savait pas ce que c’était. J’étais à cran.
Sans jamais se dire quoi que ce soit, sur cette maladie LE CANCER la tribu reprenait le cours de son existence normal.
Un bien peut être ?
Les incompréhensions :
Elle n’a jamais parlé de ses angoisses .Oh bien sur elle m’a dit qu’elle avait peur et même souvent !! Mais je n’ai jamais mesuré à quel point elle était centré toute entière dans un autisme ou elle s’est construit son monde pour pouvoir surmonter la maladie. Elle s’est endurcie.
L’ablation et la perte de cheveux sont devenues pour elles presque plus importantes que l’issue de la maladie. Pour elle, perdre ses cheveux c’était l’horreur. Elle s’était persuadé que le regard de l’autre, mon regard celui de ses enfants allait changer et que rien de ce que je pouvais lui dire ne la rassurait.
Pendant des semaines elle évitait son regard dans les miroirs sa souffrance devenait insupportable à la vue de son propre corps qui se transformait. C’est encore le cas aujourd’hui.
Le contrecoup
Je me suis chargé d’une sorte d’inquiétude existentielle. Mais je n’ai jamais parlé de ce que je ressentais : dés le départ je me suis dit qu’il fallait que je remballe mes angoisses.
J’ai éprouvé une énorme fatigue et je me suis demandé si je ne devenais pas malade moi aussi.
Elle est focalisé sur sa reconstruction physique, sur ses cheveux qui ne repoussent pas, ce corps qui lui échappe et qu’elle ne contrôle plus, ces combats éphémères contre la transformation due à la ménopause et au traitement.
L’angoisse de la rechute est ce que j’ai le plus de mal à vivre.
Il n’y a rien à faire, seulement attendre !!!
Nous vivons une période conjugale un peu beaucoup difficile. C’est la dérive des continents !!
En plus, toute dispute vous culpabilise parce que vous savez que le stress peut se révéler terrible pour cette maladie.
Je me dis que tout va redevenir normal un peu comme avant, mais ce n’est pas ou plus la même personne qui revient, c‘est une personne transformée par la maladie.
L’avenir
Aurons-nous besoin de nous faire aidé, accompagner pour purger beaucoup de chose plus que cette maladie ??
De mon coté je prends conscience que je n’ai peut être pas tout saisi du film.
Je vois qu’elle ne peut pas tout partager et quelle ce concentre sur elle-même en prenant trop sur elle c’est contre sa nature.
Au final vais-je retrouver ma femme mieux qu’avant la maladie alors qu’aujourd’hui je sens que la perds ???
Nous évoquons peu le sujet et pourtant pour moi il est important mais encore tabou.
Je ne suis plus quelqu’un qui fait des projets, je vis beaucoup sur le moment présent, je sens que je me transforme.
Cette maladie a terriblement été formatrice au sens ou elle vous enlève toute carapace.
J’ai l’impression de devenir plus authentique.
Je ne cherche pas à accompagner mon amour, je ne réfléchis pas en ces termes je suis reflexe.
Comment vous savez que vous aimez votre femme ?
CJ